1er janvier 2010

Publié le par Lotje_a

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Ma très chère Marie,

 

Je me trouve dans l'obligation de te dire ce qui m'est arrivée car "une larme de vérité a beaucoup plus de valeur qu'un rire hypocrite", c'est toi même qui me l'a dit. Pourtant, je me demande si cette vérité vaut vraiment la peine d'être sue; car ce qui en découle n'est que souffrance et amertume auxquelles s'ajoute une petite pointe d'amour profond.

L'amour... sur ce sentiment inconnu dont le mystère et la tendresse m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom mystique d'amour. C'est un sentiment si complet d'union entre deux êtres, mais également si égoïste que j'en ai presque honte; alors que l'amour... l'amour m'a toujours paru un sentiment profond tout à fait honorable. Pourtant, j'en ai honte. J'ai honte d'éprouver de l'amour alors que je venais de perdre mes parents.

Je ne connaissais pas l'amour, mais la tristesse, la solitude, le regret, plus rarement le remords... et l'amitié profond qui me lie à toi... Cette nuit-là, quelque chose s'est repliée sur moi. Quelque chose d'aussi doux et enivrant que la soie m'enveloppe et m'unit à tout jamais à cet homme.

Cet automne là, j'avais 21 ans, toujours pas mairée en plus, mais tout à fait heureuse. C'était l'automne de l'année 1510; voilà cinq siècles...

Les "autres" étaient mes proches: mes parents... morts! Ma mère fut emportée par la maladie, et mon père mourut de chagrin à peine un mois plus tard. Moi, je suis restée sur le pavé, toute seule. J'étais une orpheline sans rien à part ma pureté d'esprit. Les "autres", c'était ça: des morts! Désormais, j'étais seule au monde, j'étais seule, tellement seule...

Je me souviens de ce soir-là. Le soir de la mort de mon père... J'errais dans les rues de Paris. Je fuyais la maison, la tristesse et surtout la réalité. Je ne voulus pas être seule, si seule.

L'orage éclata, alors que je me trouvais dans un labyrinthe de petites ruelles. J'étais en colère, et cet orage exprimait mon courroux. Le tonnerre gronda tout près et exprimait les cris désespérés de mon coeur, de mon âme. Les éclairs illustraient la violence de ma colère, et ils m'indiquaient quel chemin suivre... Bientôt, je me retrouvais en face de l'opéra de Paris, là où j'avais partagé l'amour de la musique avec mes défunts parents. Un torrent de souvenirs m'envahissait, la tristesse m'enveloppa. C'est alors que je pris conscience de la pluie: j'étais toute trempée! Mes habits étaient trempés, me collaient à la peau, et ne laissaient rien à l'imagination de cet homme dans l'ombre...

Il était là, dans l'ombre. Il possédait un corps rude, musclé; de beaux yeux verts faisant penser aux plaines du Nouveau Monde, brillants de malice; un peau blanche ivoire; des dents blanches telle de la neige immaculée; des lèvres fines et sensuelles; et une longue chevelure couleur châtain pour couronner le tout. J'avais l'impression de me retrouver face à un fée, un être venu d'un autre monde, un être supérieur à la race humaine...

Je restais plantée là, au milieu de la route, en face de l'opéra de Paris. J'étais comme hypnotisée par ses beaux yeux verts... par son allure féerique... Je sus tout de suite que cet homme, ce fée représentait mon destin. Nos vies, nos âmes, nos coeurs étaient liés, bien que nous étions encore des étrangers l'un pour l'autre... C'est alors que je pris conscience qu'il m'observait. Puis, plus vite qu'un éclair, plus rapide que le coup de foudre même, il vint vers moi. Il me tint dans ses bras, voulut m'embrasser... Je tendis mes lèvres vers sa bouche affamée, cependant, ce n'étaient guère mes lèvres qu'il voulait embrasser. Il me montra alors l'endroit de son désir: mon cou...

A l'instant même où il allait m'embrasser, m'offrir son baiser fatal; l'opéra était terminé... Les gens sortaient de tout part, et bientôt, nous fûmes séparés par la foule... Tout le monde rejoignait sa calèche, et ne tarda point à partir. Bientôt on n'entendit plus les bavardages incessants des dames, et les maigres répliques ennuyés des seigneurs, plus que les coups de fouets des cochers, le bruit des roues sur les dalles du boulevard, et les pas marchants des chevaux... Une fois tout le monde parti, je ne tardais à m'apercevoir du fait que mon bel inconnu s'était volatilisé, était parti en dérobant mon coeur...

Mais qu'ai-je donc fait Dame Solitude, pour que vous me hantiez tant?

Je me dirigeai alors vers la Seine en quête d'un lieu où dormir. En effet, je n'avais plus de "chez moi", plus de toit au dessus de la tête, plus où dormir... Les créanciers avaient mis la main sur toutes les possession de ma famille le jour même: le jour de la mort de mon père! J'étais seule au monde, sans même avoir un toit au-dessus de la tête. En longeant la rive droite de la Seine, je finis par trouver une place où dormir sous un pont. Vers 3 heures du matin, je finis par trouver le sommeil, bercée par le cliquetis de l'eau...

Sur ce, je vais devoir te laisser, ma très chère Marie... J'ai encore tant de choses à faire, à réaliser; que le temps me manque, et j'en suis bien navrée.

 

Avec toute l'amitié qui persiste dans mon coeur; malgré le temps qui école, et qui s'est écoulé que trop hâtivement pour toi, et qui continue à s'écouler à tout jamais pour moi...

 

Ta chère et tendre amie éternelle,

 

Caroline

Publié dans lettres

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