L'innocent et la Mort

Publié le par Lotje_a

ange2910

L’innocent dit à la mort :

-          Pourquoi ne montrez-vous jamais votre visage ?

-          Pourquoi ma posez-vous une telle question ?

-          Parce que vous dissimulez toujours votre visage sous votre cape noire, et je suis curieux d’esprit.

-          Curieux, vous l’êtes oui, je dois le reconnaître. Vu que vous allez bientôt mourir, je vais vous répondre. Je suis biscornu.

-          Vous, biscornu ? Je ne le crois pas, montrez moi pour voir.

-          Pourquoi vous mentirai-je ?

-          Je ne sais pas, mais montrez moi donc votre visage pour prouver votre honnêteté ! »

Sur ce, la mort ôta son cape, et montra son visage diabolique au mourant. L’innocent s’écria alors :

-          « Que vous êtes laide ! »

La mort, indignée par ces paroles lui rétorqua farouchement :

-          « Ah ! Non ! C’est un peu court jeune homme !

Vous auriez pu dire… oh ! Diable ! … Bien des choses en somme…

En variant le ton, - par exemple, tenez :

Agressif : « moi, madame, si j’avais un tel visage,

Il faudrait sur le champ que je me l’arrache ! »

Amical : « Mais, remettez votre cache !

L’humanité aura une crise cardiaque en le voyant ! »

Descriptif : « c’est un roc, c’est une montagne insolite !

Que dis-je une montagne ? c’est un volcan ! »

Curieux : « quel âge avez-vous donc pour posséder un tel visage ?

Quel punition mérite une telle malédiction insolite ?

Gracieux : « Aimez-vous donc tant l’humanité,

Que fraternellement vous vous préoccupâtes

De leur cacher votre sale visage fâcheux ? »

Prévenant : « faites-vous faire un masque,

Afin de dissimuler vos traits disgracieux. »

Pédant : « l’animal seul, madame, qu’Aristophane

Appelle hippocampelepahntocamélos

Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! »

Cavalier : « quoi l’amie, ce casque

Vraiment ? est à la mode ?

Pour effrayer l’ennemi,

C’est certainement très commode ! »

Enfin parodiant Pyrame en un sanglot :

« le voilà donc ce visage qui des traits de sa maîtresse

A détruit l’harmonie ! les joues en rougissent, les traîtresses ! »

_ voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit

Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit :

Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres

Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres

Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot !

Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut

Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,

Me servir toutes ces folles plaisanteries,

Que vous n’en eussiez pas articulé le quart

De la moitié du commencement d’une, car

Je me les sers moi-même, avec assez de verve,

Mais je ne permets pas qu’un autre mes les serve.

A présent, suivez-moi sur les indevinables chemins

De la mort certaine !

Plus une seconde à perdre sur cette miséreuse terre,

Vous venez avec moi, mon petit père ! 

Suivez-moi donc, moi, cet être biscornu

Suivez-moi jusqu’à l’enfer !»

Publié dans Poésie

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